Dans un contexte d’investissements transfrontaliers croissants entre la France et le Royaume-Uni, le pacte d’actionnaires, souvent désigné sous le terme de shareholder agreement, constitue un outil juridique central.
Ce document contractuel permet d’organiser les relations entre actionnaires, de protéger les investisseurs et d’anticiper les situations de blocage ou de sortie. Lorsqu’il implique des parties relevant de deux systèmes juridiques distincts, sa rédaction requiert une attention particulière.
Cet article propose une lecture pédagogique et structurée des clauses essentielles à intégrer dans un pacte d’actionnaires franco-britannique, ainsi que des principaux points de vigilance juridiques.
Qu’est-ce qu’un pacte d’actionnaires dans un contexte franco-britannique ?
Le pacte d’actionnaires est un contrat conclu entre tout ou partie des actionnaires d’une société, distinct des statuts.
Il a pour objectif de compléter ces derniers en organisant :
- la gouvernance de la société,
- les conditions d’entrée et de sortie des actionnaires,
- la protection des intérêts financiers et stratégiques,
- la prévention des conflits.
Dans un contexte franco-britannique, ce pacte doit composer avec deux cultures juridiques différentes :
le droit civil français, largement encadré par la loi, et le droit anglais, fondé sur la liberté contractuelle et la pratique.
Différences majeures entre le droit français et le droit anglais
Gouvernance et règles de quorum
En droit français, la tenue et la validité des assemblées sont encadrées par des règles légales impératives, notamment en matière de quorum et de majorité.
En droit anglais, les règles sont souvent plus souples et largement déterminées par le contrat et les articles of association.
Point de vigilance
Dans un pacte d’actionnaires franco-britannique, il est essentiel d’adapter les clauses de gouvernance au droit de la société émettrice, tout en tenant compte des attentes des investisseurs internationaux.
Clauses de sortie : drag along et tag along
Les clauses de sortie sont au cœur des préoccupations des investisseurs.
- Clause de drag along (sortie forcée)
Elle permet aux actionnaires majoritaires d’imposer aux minoritaires la cession de leurs titres en cas de vente globale de la société. - Clause de tag along (sortie conjointe)
Elle protège les actionnaires minoritaires en leur permettant de vendre leurs titres dans les mêmes conditions que le majoritaire.
Points clés à encadrer
- méthode de calcul du prix,
- définition du changement de contrôle,
- seuils de déclenchement,
- conditions de paiement.
Certaines clauses couramment admises en droit anglais peuvent être contestées ou inopposables en droit français si elles sont insuffisamment encadrées.
Droit de préemption
Le droit de préemption confère aux actionnaires existants un droit prioritaire d’acquisition en cas de cession de titres.
- En France, ce mécanisme peut être prévu par la loi, les statuts ou le pacte.
- Au Royaume-Uni, il est principalement contractuel et doit être expressément stipulé.
La rédaction doit préciser avec rigueur :
- les délais de notification,
- les modalités de réponse,
- les conditions financières.
Clauses de confidentialité et de non-concurrence
Les clauses de confidentialité et de non-concurrence visent à protéger la valeur économique de la société.
- En droit français, ces clauses sont soumises à des principes d’ordre public : proportionnalité, durée limitée, périmètre précis.
- En droit anglais, elles peuvent être plus larges, mais restent contrôlées par les tribunaux en cas de litige.
Un déséquilibre excessif peut conduire à une nullité partielle ou totale de la clause.
Pacte d’actionnaires bilingue : risques et bonnes pratiques
La présence d’investisseurs internationaux conduit fréquemment à une rédaction bilingue (français / anglais) du pacte.
Éviter les traductions littérales
Un terme juridique peut produire des effets différents selon la langue et la juridiction.
Une traduction littérale peut altérer la portée juridique réelle d’une clause.
Déterminer la version faisant foi
Le pacte doit clairement indiquer quelle version linguistique prévaut en cas de divergence d’interprétation.
Garantir l’équivalence juridique
L’objectif n’est pas la similitude des mots, mais l’équivalence des effets juridiques dans chaque système.
Loi applicable et juridiction compétente
Un pacte d’actionnaires franco-britannique doit impérativement prévoir :
- la loi applicable (française ou anglaise),
- la juridiction compétente en cas de litige.
Conséquences pratiques
- Une clause valable en droit anglais peut être jugée nulle ou inapplicable devant un tribunal français.
- Le droit anglais offre une forte sécurité contractuelle, mais certaines obligations issues du droit français peuvent limiter l’exécution.
Arbitrage international
L’arbitrage est souvent privilégié pour :
- sa confidentialité,
- sa souplesse,
- son caractère international.
Recommandations générales
- Anticiper les conflits dès la rédaction du pacte.
- Privilégier des clauses claires, précises et équilibrées.
- Mettre à jour régulièrement le pacte pour tenir compte des évolutions légales et capitalistiques.
- S’entourer de conseils maîtrisant le droit comparé franco-britannique.
Conclusion
Le pacte d’actionnaires franco-britannique est un outil stratégique de sécurisation des investissements.
Sa rédaction exige une parfaite compréhension des droits français et anglais, une vigilance linguistique accrue et une anticipation rigoureuse des situations de crise.
Un pacte bien structuré permet de renforcer la stabilité de l’actionnariat, de protéger les intérêts économiques et de limiter les risques de contentieux transfrontaliers.
FAQ
Is a shareholder agreement mandatory in France or the UK?
No. However, it is strongly recommended in cross-border or multi-investor situations.
Can one agreement apply to both French and UK shareholders?
Yes, provided it is carefully drafted to address both legal frameworks.
Which law should govern a Franco-British shareholder agreement?
This depends on the company structure, investor profile and transaction objectives.
Are drag along clauses always enforceable?
Their enforceability depends on how they are drafted and on the applicable law.
Should arbitration be preferred over court litigation?
Arbitration is often chosen for international agreements but must be assessed on a case-by-case basis.


